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Psycho-Oncologie

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 ARTICLE VOL 9/2 - 2015  - pp.67-68  - doi:10.1007/s11839-015-0524-4
TITRE
Éditorial : La croissance « féroce » du nombre de cancers en Chine

TITLE
A “ferocious growth” of cancers rates in China

RÉSUMÉ

La Chine reste encore une destination mythique… L’éloignement spatio-temporel y contribue fortement : l’Extrême-Orient chinois se situe à un peu plus de 8000 km de la France, mais la Chine est aussi le pays de 8000 années de civilisations et de treize dynasties aussi somptueuses que parfois cruelles. La Chine moderne fascine également. Elle regroupe les rêves de raffinement impérial interrompu par le communautarisme idéaliste des émules de Mao. Elle symbolise le développement et la croissance d’un pays qui cherche à s’imposer dans le monde asiatique. Elle rappelle que nous pouvons aussi échanger nos connaissances et réfléchir à l’évolution de notre médecine, devant un univers qui conserve certaines pratiques traditionnelles, conjuguées à l’allopathie, et qui pourtant a soif de savoir occidental.

Dans le domaine de la cancérologie, les médecins, les biologistes, les chercheurs de tout poil sont convoqués depuis maintenant une bonne décennie. Il restait la psycho-oncologie. Encore très peu connue pour des raisons culturelles (la subjectivité est peu reconnue au pays du collectivisme) mais aussi économiques (survivre passe avant de traiter l’angoisse ou la dépression), l’approche psychologique des patients atteints de cancer reste encore à la marge. C’est cependant à ce titre que je me suis rendue à Beijing pour un congrès mondial de cancérologie1

1 BIT’s 8th Annual World Cancer Congress-2015, May 15-17, 2015. http://www.bitcongress.com/cancer2015/scientificprogram.asp

L’OMS a bien averti : « le nombre des cancers augmente férocement en Chine ». Les projections se sont avérées effrayantes dès les années 2000 : en 30 ans, le cancer du poumon a augmenté de 465% et est devenu la première cause de mort par cancer. L’OMS estimait qu’en 2025, plus d’un million de chinois seraient diagnostiqués chaque année avec un cancer du poumon… Or, dans Thoracic Cancer [2], nous lisons qu’en 2012, ce sont 1,8 millions de personnes qui ont été diagnostiquées pour un cancer du poumon.

Ainsi, l’espérance de vie qui était passée de 45 à 74 ans en soixante années risque fort d’opérer un sérieux retour en arrière…

En 2010, les épidémiologistes chinois [3] traçaient un avenir sombre pour le pays, avec une mortalité par cancer représentant 25% des causes de mortalité en secteur urbain et 21% en secteur rural. Les raisons de ce constat pouvaient être trouvées dans la longévité augmentée des patients, un meilleur dépistage et diagnostic, mais surtout dans la détérioration de l’environnement, le mode de vie occidentalisé et un tabagisme très développé. Les cigarettiers, à l’affût de nouveaux marchés, ne s’y sont pas trompés. La Chine est le plus grand pays producteur et consommateur de tabac du monde. 60% des hommes majeurs y fument contre (seulement) 4% des femmes. Cependant, si l’on compte 350 millions de fumeurs réguliers, il faut y ajouter 500 millions de personnes exposées au tabagisme passif.

D’autres cancers sont également pourvoyeurs de morbidité et de mortalité. Des agents infectieux comme Helicobacter Pylori sont particulièrement en jeu dans le cancer de l’estomac, tandis que l’inflation d’hépatite B est nettement démontrée dans le déclenchement du cancer hépatocellulaire. Le virus d’Epstein-Barr a également un rôle causal dans le cancer du nasopharynx, très commun dans le sud-est. La proportion de personnes en surpoids augmente, tandis que la sédentarité et la consommation de viande expose la population la plus jeune à un ensemble de pathologies cardiovasculaires et cancéreuses indéniables.

Ces constats écologiques sont perceptibles à l’œil et au nez, directement. Les épisodes de smog dans les grandes villes sont banals. Parmi les dix villes les plus polluées du monde figurent neuf villes chinoises, dont Beijing et Xi’an, deux cités majeures sur le plan historique. Xi’an, berceau de la civilisation avec la lignée des Qin, marquée par le fameux mausolée du premier empereur enterré avec ses 7000 soldats de terre cuite. Hélas de la Xi’an moderne, on découvre surtout des bataillons d’immeubles de trente étages en construction, des autoroutes à douze voies et une circulation infernale. Je n’ai jamais vu autant de grosses cylindrées et surtout des voitures aussi luxueuses. Pour une non spécialiste, j’ai pu repérer une quantité incalculable de Porsche Panamera et Cayenne, des Mercedes haut de gamme et de nombreuses voitures américaines. La pollution est palpable et nombreux sont les porteurs de masque. Pour l’alimentation, alors que les gastronomies chinoises sont généralement subtiles, ce sont les Mac Do et autres KFC qui ont pignon sur rue. Oui, on rencontre des chinois obèses, des jeunes avec un téléphone portable dans chaque main, des enfants conduits religieusement… dans un établissement de hamburgers. La Chine a clairement sacrifié la santé de sa population à la croissance industrielle.

Mais ici, une certaine régression conduit à négliger la médecine traditionnelle pour opter pour la médecine occidentale. Or nous le savons, pour le regretter également, les occidentaux valorisent avant tout le traitement d’une affection, bien plus glorieux que la prévention, qui ne permet pas finalement de constater l’action concrète et objective d’un soin. Alors que les chinois consultaient leur tradithérapeute pour ne pas tomber malade, ils procèdent désormais comme nous : ils pratiquent peu la prévention et se rendent à l’hôpital quand il est déjà trop tard. Les hôpitaux sont publics, même dans les campagnes. Ces établissements de santé recrutent des fonctionnaires interchangeables. La relation médecin-malade n’existe pas. Alors comment demander à un oncologue de tenir compte de la psychologie du malade ou des événements qu’il rencontre ?

Ma communication n’a cependant pas laissé les chinois indifférents. Nous avons enregistré un petit entretien télévisuel au sujet de l’annonce du cancer destiné à une plateforme de formation. Les contacts avec les médecins chinois ont été excellents, l’organisation du congrès remarquable, l’anglais de tous les intervenants, parfait (au regard de la population chinoise qui le parle très peu).

Les chinois demanderont de plus en plus, aux psychologues, psychiatres et oncologues sensibilisés, des interventions en psycho-oncologie. Pourquoi ? En raison de l’information qui circule, même censurée par le pouvoir. Le fait qu’une fillette de huit ans développe un cancer du poumon a choqué les populations. Bien que cette information ait été immédiatement retirée de son site, de nombreuses manifestations d’internautes ont eu lieu à ce sujet. Les chinois sont inquiets et n’ont pas envie de sacrifier leur santé sur l’autel de la croissance. Ils n’ont souvent qu’un enfant par couple et ce dernier leur est particulièrement précieux. Ils ont envie d’être bien traités par leur médecin et surtout, ils observent une médecine à deux vitesses, les VIP qui ont droit à des tarifs occidentaux dans des hôpitaux privés souvent internationaux, le reste de la population attendant des journées entières sa radio ou son scanner dans un hôpital public bondé.

La psycho-oncologie a de beaux jours devant elle… « le jour où la Chine s’éveillera »…



AUTEUR(S)
M.-F. BACQUÉ

BIBLIOGRAPHIE
archives.pson.revuesonline.com/revues/46/10.1007/s11839-015-0524-4.html

LANGUE DE L'ARTICLE
Français

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